Les échos du bruit des bottes

03-08-2018

Le gouvernement italien veut supprimer la gratuité du premier dimanche du mois dans les musées

Il n'y a pas qu'en Belgique francophone que la gratuité des musées le premier dimanche du mois existe. Lancée en 2014 en Italie, la mesure remportait un vif succès. Elle vient d'être brutalement arrêtée à l'initiative du gouvernement d'extrême-droite qui vient de sa mettre en place à Rome.

Si une relative unanimité politique reste de mise en Wallonie et à Bruxelles sur la mesure, hormis la NVA et malgré les doutes émis par la Ministre de la Culture Alda Greoli, on voit clairement où sont les relais politiques des opposants à cette mesure de démocratisation de la culture. Nous voilà prévenus... Voyons clairs en 2019...

Jacques Remacle

 

Le ministre de la culture explique que cette abolition s’appliquera après l’été : « les directeurs sont eux aussi contrariés, chaque décision leur revient ». Les partis Pd et Fi Franceschini s’opposent : « supprimer ces dimanches gratuits n’a aucune logique, ils génèrent un grand succès ».

NAPLES. « Après l’été, nous éliminerons la gratuité des premiers dimanches du mois dans les musées ». C’est ce qu’a annoncé le ministre du Patrimoine Culturel, Alberto Bonisoli, lors de sa visite à la bibliothèque Nationale de Naples. « Les dimanches gratuits, explique-t-il, apparaissaient positifs pour un lancement publicitaire, mais si nous continuons ainsi, à mon avis nous nous dirigeons vers une voie qui ne plait à personne. Cet été rien ne change, les modifications commenceront ultérieurement ». La prise de décision, selon lui, reviendra individuellement à chaque musée. « J’ai écouté les directeurs, et ai observé une opinion unanime sur la nécessité de s’en débarrasser (des dimanches gratuits). Pour cela, nous nous orientons vers la décision de les abolir. Je leur laisserai cependant toute la liberté de proposer quand même un dimanche gratuit - il n’y a pas de mal à cela -, mais quand il s’agit d’obliger les musées à s'y plier, là, ça ne va pas. »

« Je pense par exemple, ajoute Bonisoli, à Pompéi : “Qui y va en novembre ?” Peut-être que le premier ou tous les dimanches de ce mois-là peuvent être gratuits parce qu’il n’y a pas beaucoup de monde. Le problème survient lorsque le ministère oblige les musées à être gratuits le premier dimanche du mois d’août, pendant que des milliers de touristes étrangers qui débarquent pensent que les Italiens sont fous de faire entrer tout le monde librement». Et encore : « si quelqu’un a l’intention de payer une chose qui devient soudainement gratuite, cela peut sembler être une imposture : continuer sur cette option bien au-delà de la période promotionnelle qui était envisagée ne va pas du tout. »

Ces idées ne sont pas neuves : le ministre avait déjà annoncé au Parlement son idée d’abolir les premiers dimanches du mois gratuits. Cette fois, cependant, était plus explicite et articulée, rejetant le projet qui était l'un des fleurons de son prédécesseur, Dario Franceschini. Projet qui, rappelons-le, a remporté un grand succès, avec une augmentation de visiteurs dans de nombreux lieux d’arts splendides du Belpaese. Dans la liste des 480 musées concernés (liste complète : elenco completo), il y a la Pinacothèque de Brera et le Cenacolo Vinciano, le parc archéologique du Colisée, les thermes de Caracalla, Ostia Antica, les Uffizi à Firenze et à Pompéi, pour n’en citer que quelques-uns.

Et en effet, ce n’est pas un hasard si la réplique de Franceschini a surgi directement sur Facebook. « En ces mois, écrit-il, j’ai choisi de ne pas parler du ministère que j’ai dirigé pendant 4 ans et de ne pas commenter les choix et les programmes de mon successeur. Mais cette fois, je ne peux pas me taire, car les dimanches gratuits ne sont pas une affaire personnelle, mais un fait culturel et social qui a touché environ 10 millions de personnes depuis l’été 2014 jusqu'à aujourd’hui. Des centaines de milliers de personnes du sud au nord de l'Italie, dont la plupart allaient au musée pour la première fois de leur vie, en compagnie de leurs enfants, de leurs petits-enfants… Pourquoi arrêter cela, monsieur le ministre Bonisoli ? Réfléchissez. Les choses justes et qui fonctionnent n’ont pas de couleur politique. Ne faites pas payer un désir de discontinuité politique à la culture et aux Italiens ». Peu après, avec les journalistes, il fut encore plus tranchant : « Les abolir n’a aucun sens logique ».


Ensuite, les critiques sont arrivées du secrétaire du parti des Franceschini (le Parti démocrate), Maurizio Martina : « Seulement en 2017, plus de 3,5 millions de personnes ont pu visiter gratuitement notre patrimoine artistique et culturel. Ils considèrent que les beautés d’Italie sont pour une minorité et non un bien public. Le slogan est déjà prêt : “moins de culture pour tous” ». Et de l’ancien Premier Ministre Matteo Renzi : « Ils ont actionné le bulldozer contre la culture. Et pour se distancer du gouvernement des mille jours, ils font un mauvais coup aux Italiens, pas à nous. Et ils te disent : “On peut continuer sans les dimanches au musée”. C’est vrai, mais on continue en étant plus pauvre intérieurement. »

Mariastella Gelmini, présidente du groupe fi à la Chambre, est également contraire : « Je trouve cette idée profondément mauvaise: nous ne voulons pas que le gouvernement du “non” à la Tav (train à grande vitesse), à l’Ilva et aux grandes actions/œuvres, devienne également le gouvernement du “non” à la culture. »

Pour la défense du ministre, en contrepartie, des parlementaires M5 des commissions Culture de la Chambre et du Sénat sont intervenus : « La réussite de l’initiative annoncée par le ministre Bonisoli, déjà en phase d’audition à la commission, signifie faire face aux aspects critiques et identifier les solutions les plus efficaces et rationnelles avec les directeurs des institutions. La méthode d’écoute et de participation est confirmée, donc les polémiques suivant cette annonce semblent stériles et instrumentalisées ».

Traduit de l'article suivant :

https://www.repubblica.it/robinson/2018/07/31/news/_aboliamo_le_domeniche_gratis_al_museo_
l_annuncio_del_ministro_della_cultura_bonisoli-203062062/?refresh_ce