7 années de gratuité dans les musées : 7 questions à Jacques Remacle

Consoloisirs a donné la parole à notre administrateur délégué, Jacques Remacle, afin d'évoquer la gratuité mensuelle dans les musées en Fédération Wallonie-Bruxelles. Une interview en forme de bilan après 7 années de promotion de tous les instants.


En ce début 2020, nous avions envie de permettre à nos lecteurs d’entrer un peu dans les coulisses de cette initiative en posant sept questions à Jacques Remacle, l’administrateur délégué de l’asbl Arts&Publics.

Q 1 : 150 musées gratuits, chaque premier dimanche du mois, est-ce un cap difficile à tenir ? Certaines institutions arrêtent cet avantage. D’autres l’entreprennent. Y a-t-il des raisons significatives à ces départs ou ces arrivées ?

Jacques Remacle : La base est solide. Il y a peu de mouvements depuis trois ans. Les sorties du dispositif sont rares, en général liées à une perte de reconnaissance par la Fédération Wallonie-Bruxelles. Les arrivées sont plus nombreuses, parfois grâce à l’obtention de la reconnaissance, parfois car le musée est dans une phase de lancement.

Q 2 : Si vous deviez choisir dans la liste des 150 musées quelques exemples d’institutions qui mettent davantage d’énergie à la réussite de cette journée de gratuité ? Quelques exemples de leur façon de faire originale pour y arriver ?

JR : Les initiatives sont trop nombreuses pour toutes les citer ici. Chaque mois, on les annonce sur notre site. On sent beaucoup de musées attachés à accueillir les visiteurs gratuits aussi bien, voire mieux, que les visiteurs payants. C’est important comme démarche.

Q 3 : Beaucoup d’institutions misent sur la gratuité mensuelle pour atteindre de nouveaux publics. On entend moins souvent un autre argument qui est sans doute complémentaire: la gratuité permet à des personnes qui allaient environ une fois par an au musée d’en visiter un différent par mois ou de retourner souvent dans le même musée. Pour vous, à quoi sert pour les musée eux-mêmes cette « gratuité du premier dimanche » ?

JR : Il faut leur demander! Les retours vont tous dans le même sens d’un intérêt accru du visiteur gratuit. Un directeur m’a un jour dit combien il remarquait une envie de découvrir le musée dans tous ses recoins afin de profiter au maximum de la visite.

Q 4 : Conseillez-vous de lire un article ou les résultats d’une enquête déjà publiée sur les conséquences de la gratuité du premier dimanche? Si on vous demandait, pour une enquête à venir, des propositions de questions non posées jusqu’à présent aux visiteurs pour mieux évaluer les résultats, que suggéreriez-vous ?

JR : Quand l’Observatoire des Politiques Culturelles a mené son enquête en 2013-2014, la mesure manquait encore de notoriété. Cela s’est fortement amélioré. Ce qui manque, c’est un sondage de notoriété entre le lancement de la mesure en 2013, il y a sept ans, et aujourd’hui. J’ai l’impression que le public est de mieux en mieux informé. Cela mériterait d’être mesuré. Pour notre part, nous avons réalisé un petit sondage, il y a deux ans, via notre page Facebook. Les résultats étaient assez positifs mais sans valeur scientifique. Mais dans ces deux études, un résultats est marquant: 98% de personnes satisfaites par la gratuité offerte, c’est énorme.

Q 5 : Si une gratuité mensuelle a pour but de toucher de nouveaux publics, il faut bien sûr la médiatiser chaque fois qu’elle se déroule. Quels sont, selon vous, les moyens les plus efficaces et peu chers à mettre en œuvre ? Vos expériences d’information sur les réseaux sociaux, de « fêtes mensuelles », de publications annuelles d’une liste complète des 150 musées dans les brochures de 48 pages « Regards sur les musées » (insérées déjà à 6 reprises dans le quotidien « Le Soir ») sont-elles probantes ?

JR : Il faut que le public sache où trouver l’info et que celle-ci soit la plus correcte et la plus complète possible, donc réactualisée en permanence. Comme je disais plus haut, l’impact peut être mesuré. Ce qui est clair, c’est que la mesure amène un public spécifique et accroît significativement la fréquentation ce jour-là. L’impact est loin d’être nul. Notre page Facebook est suivie par plus de 50.000 personnes, c’est une puissance de frappe!

Q 6 : En Fédération Wallonie-Bruxelles, il est important qu’une aide soit apportée à l’asbl Arts&Publics pour ce travail de coordonner et de promouvoir la gratuité du premier dimanche qui se développe dans la partie francophone de notre pays. Trois ministres, trois femmes, ont dû et doivent répondre, plus ou moins bien, à cette nécessité: Mesdames Laanan (PS), Gréoli (CDH) et Linard (Écolo). Leur politique vis-à-vis de votre travail a-t-elle été différente ? En quoi ?
Êtes-vous confiant pour l’avenir des « premiers dimanches » ?

JR : Vous oubliez Madame Milquet! (rires). Vous voulez jouer à Pascal Vrebos? Alors oui, je laisserais sans doute Madame Greoli au tapis. L’important est d’accompagner la mesure. Avec des moyens limités mais permanents. Arts&Publics le fait avec constance depuis sept ans malgré les heurs et malheurs d’un opérateur subventionné. Madame Laanan a initié la mesure qui restera comme une des mesures-phares de ses dix ans d’action. La ministre Linard nous a apporté le soutien nécessaire à la poursuite immédiate de notre action. Un plan d’action 2020-2023 est en cours d’élaboration.

Q 7 : Vu qu’il y a peu d’argent à partager pour la culture, certains regrettent que des gratuités mensuelles «pour tous» sont organisées dans les musées et préfèreraient qu’on développe d’autant l’énergie et le financement pour plutôt des réductions ou des gratuités quotidiennes destinées aux populations défavorisées.

D’autre trouvent, au contraire, importantes ces aides «caritatives» bien entendu, mais il faut aussi respecter les «droits» de tous les citoyens en manière culturelle, comme les gratuités pour les fonds permanents des musées le plus souvent acquis avec l’argent de tous (on ne va pas payer une seconde fois!). Où vous situez-vous entre ces deux options ?

JR : Ces deux options ne sont pas antinomiques. Et il y a des dépenses publiques en Culture qui ont beaucoup moins de sens que de financer des réductions ou des gratuités. Des moments de gratuité sont essentiels à l’exercice des droits culturels de chacun. Des réductions ou gratuités spécifiques rencontrent d’autres besoins importants. Les pistes de renforts de l’accessibilité doivent être variées. Je dirais aussi qu’une politique de prix modérés est nécessaire dans le cadre d’une crise économique qui touche le citoyen. Elle est globalement à l’œuvre dans les musées en Fédération Wallonie-Bruxelles. Mais il y a une dérive dans les grandes expos-événements qui devrait être régulée.